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Actualité!
2006-06-05
Oiseau rare attaqué aux Îles
Charles Côté, La Presse
Quatre nids d'un oiseau au bord de
l'extinction ont été saccagés samedi dernier aux Îles-de-la-Madeleine,
où la pression humaine sur la nature s'accentue chaque année
avec le flot de vacanciers.
Il ne reste qu'une quarantaine de couples de pluviers siffleurs
dans tout le Québec et ils sont tous aux Îles-de-la-Madeleine.
Chaque printemps depuis 10 ans, Pascal Poirier part à la
recherche de leurs nids afin de les protéger des prédateurs et
des humains.
Autour de chacun d'eux, il installe des
poteaux et une cage grillagée. Chaque installation coûte
environ 500 $.
Samedi soir dernier, dans un geste apparemment délibéré, un
conducteur de VTT a défoncé quatre de ces enclos protecteurs.
«Deux nids ont été détruits, dit M. Poirier. Et sept oeufs
sur huit.»
C'est un dur coup pour Attention Frag'Îles, un organisme qui
tente de maintenir aux Îles une population viable de pluviers
siffleurs. L'espèce est en voie d'extinction au Canada et aux
États-Unis. Il n'en reste pas plus que 5000 dans le monde.
Avant, on en trouvait sur la Côte-Nord et en Gaspésie, mais
plus aujourd'hui.
Le pluvier est victime de l'amour des humains pour les plages, où
il pond ses oeufs directement sur le sable.
«Depuis que les plages sont populaires, les gens y font de plus
en plus d'activités», dit M. Poirier.
Le principal obstacle au rétablissement du pluvier siffleur est
la perte d'habitat, causée principalement par l'utilisation des
plages par les humains, selon Environnement Canada.
«La prédation par les chiens, les chats, ainsi que les goélands
et les mouettes, attirés par les ordures laissées sur les
plages par les humains, menace les oeufs et les oisillons.»
Le Service canadien de la Faune a dépêché un enquêteur aux
Îles mercredi. L'incident s'est produit sur la plage de l'Hôpital,
près du village de Fatima, dans l'île du Cap-aux-Meules.
Lourdes peines
Le fautif s'expose à de lourdes peines. «La
peine maximale pour un individu est de 50 000 $ ou un an
d'emprisonnement par procédure sommaire, dit Sheldon Jordan,
d'Environnement Canada, directeur pour le Québec de
l'application des lois fédérales sur la faune. Par mise en
accusation, c'est 250 000 $ ou cinq ans d'emprisonnement.»
Jacques Poirier est président du Club de VTT des Îles. Il est
aussi le père de Pascal. Selon lui, la vérité sera difficile
à cacher. «Normalement, on va finir par savoir de qui il
s'agit, d'ici quelques jours, dit-il. Le milieu est trop petit.»
Jacques Poirier déplore l'incident. «Ce n'est pas quelque
chose qui aide l'image du VTT, dit-il. C'est un individu qui a
foncé dans les périmètres. C'est regrettable.»
Il souligne qu'un chemin balisé passait à 15 mètres des nids
et que, de toute façon, un règlement municipal interdit de
circuler sur les plages en VTT à cette période de l'année.
Mais il ne croit pas pour autant que les autorités vont devenir
plus vigilantes à l'égard des VTT.
«Il n'y a pas de surveillance, le monde fait un peu ce qu'il
veut, dit-il. Mais surveiller serait difficile. Il faut essayer
de sensibiliser les gens.»
Pascal Poirier, lui, croit qu'un tel incident, sans précédent,
est de nature à forcer une plus grande surveillance des VTT.
«Dans la zone où les nids ont été détruits, il y a des
chars à voile, des VTT, de la pêche aux coques, dit-il. Tout
le monde essaie de faire des compromis. Mais quand il y a des
choses comme ça, je pense que ça pourrait malheureusement
justifier des mesures plus sévères.»
L'intervention année après année de quelques bénévoles avec
l'appui du Service canadien de la Faune a permis à peine de
maintenir la population de pluviers.
De 35 couples en 1989, la population a augmenté à 53 vers
1995.
Mais par la suite, elle a chuté de nouveau à 35 avant de
remonter à 41 en 2005.
«Probablement qu'il n'y en aurait plus aujourd'hui si on
n'avait rien fait», dit Pascal Poirer.
«Cette année, 19 nids avaient été trouvés, dit-il.
Maintenant, deux sont détruits, mais la recherche se poursuit
chaque année jusqu'en juillet.»
Le pluvier pond ses oeufs sur le sable et les couve pendant 28
jours.
Les poussins peuvent voler 25 jours après l'éclosion des
oeufs. Les abris installés par Attention Frag'Îles sont censés
les protéger jusqu'à leur envol.
«Que quelqu'un saute sur les abris avec un VTT, c'est pas mal dégueulasse,
c'est pas fort, dit Sheldon Jordan. On investit beaucoup depuis
des années pour le pluvier siffleur. Il est protégé par la
Loi sur les espèces en péril et c'est aussi un oiseau
migrateur. C'est pour ça qu'on donne une double importance à
cette affaire.»
(Retour à
Actualité 2006)
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