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Actualité!
2006-11-26
Quel est l'oiseau le
plus prolifique au Québec?
La Presse, À tire-d'aile,
Pierre Gingras
Difficile à dire. En fin de compte, c'est le nombre d'oisillons à l'envol qui devrait fournir une réponse valable, des données qui ne sont pas évidentes à obtenir. Le bruant chanteur, le merlebleu et le merle d'Amérique peuvent produire deux nichées par année, parfois trois si les conditions estivales sont
propices. Le cardinal rouge, la mésange à tête noire, l'étourneau sansonnet ou le moqueur chat, par exemple, se reproduisent invariablement deux fois au cours de la belle saison. À l'échelle mondiale, c'est le diamant mandarin, qui détient le record de prolificité. Cette espèce australienne, devenue une des
plus populaires en cage, peut se reproduire en nature une vingtaine de fois par année. Inimaginable! Mais combien de ces jeunes survivent assez longtemps pour se reproduire?
Plus près de nous, la tourterelle triste n'est pas en reste elle non plus. En territoire québécois, elle peut élever annuellement trois nichées et exceptionnellement quatre comme en témoigne Claude Boisclair, de
Sainte-Élisabeth, près de Joliette. " Observer une couvée de tourterelles tristes n'est pas inusité. Mais que dire quand le couple niche et donne des petits à quatre reprises? " écrit-il.
À moins d'être chercheur, il est plutôt rare que l'on suive l'évolution d'un couple d'oiseaux durant tout un été afin de calculer le nombre de petits nés au cours de la période de reproduction. C'est justement ce qu'ont fait Claude Boisclair et trois de ses amis.
C'est que le nid était construit dans une gouttière où les exploits reproducteurs du couple pouvaient être suivis aisément. Dans le carnet de nos observateurs, on peut lire que les deux oisillons de la première nichée ont quitté le nid le 6 juin, alors que la marmaille de la seconde nichée s'est envolée le 18 juillet.
Croyant que les tourterelles ne nichaient qu'à deux reprises en été, le nid a été détruit immédiatement afin de dégager la gouttière. Mais dans les heures qui ont suivi, le couple de tourtereaux a recommencé un nouveau nid, exactement au même endroit, et trois jours ou quatre jours plus tard, la couvaison
reprenait de plus belle. Les deux petits ont finalement quitté leur douillet logement le 18 août. Quant au départ de la quatrième couvée, il a eu lieu le 22 septembre.
70 millions d'oiseaux abattus chaque année
Si la tourterelle triste a commencé à s'établir au Québec dans les années 50, le moins que l'on puisse dire c'est qu'elle n'a pas perdu de temps. Aujourd'hui, elle niche presque partout sur le territoire, même au nord-ouest de Kuujjuak, dans le Nouveau-Québec, ce qui serait le cas de nidification le plus nordique chez cette espèce. Mais c'est au Mexique, de même que dans le centre et dans le sud des États-Unis, qu'elle est la plus prolifique. Dans ces régions, l'oiseau produit régulièrement cinq à six nichées par année, une fécondité qui lui est d'ailleurs bien nécessaire.
Répandue du sud du Canada jusqu'au Panama en passant par les Antilles et certaines îles du Pacifique de la côte mexicaine, la tourterelle triste est considérée avec le carouge à épaulettes comme l'oiseau le plus abondant sur le territoire américain, et le plus largement répandu. Les populations nordiques sont habituellement migratrices bien qu'une foule d'oiseaux vivent à l'année dans les régions froides, comme c'est le cas dans le sud du Québec.
C'est aussi l'oiseau le plus chassé sur le continent. Elle est abattue au fusil au Mexique, dans certaines régions de la Colombie-Britannique et dans une quarantaine d'États américains (exception faite de la plupart des États de la Nouvelle-Angleterre). Aux États-Unis seulement, le tableau de chasse est estimé
à 70 millions d'oiseaux par année, plus que tous les autres oiseaux gibiers réunis. Même si le chiffre semble effarant, la mortalité naturelle serait de quatre à cinq fois plus élevée, nous dit l'ouvrage The Birds of North America Online. Les soubresauts climatiques, les prédateurs, les maladies, les parasites ou encore, les divers polluants retrouvés dans l'environnement figurent parmi les causes régulières de mortalité.
Presque essentiellement végétarienne (90 % de son régime alimentaire est composé de matière végétale), la tourterelle triste peut se reproduire durant toute l'année, là où le climat le permet. Chaque femelle pond deux oeufs, la couvaison dure 14 jours et les petits quittent le nid une quinzaine après l'éclosion. Souvent, les parents vont s'occuper de leurs ados durant une semaine ou deux après avoir délaissé le nid. Normalement, dans les cas de couvaisons fréquentes, il se déroule une trentaine de jours entre chaque ponte. Aux États-Unis, chaque couple donne en moyenne 3,6 jeunes à l'envol annuellement. Si la chance leur a permis de survivre à l'hiver, à la chasse et autres calamités naturelles ou pas, les oiseaux vont revenir nicher dans le même territoire que l'année précédente. Les liens du couple ne durent qu'une saison.
Les jeunes tourterelles atteignent l'âge de se reproduire habituellement avant un an. D'ailleurs, elles n'ont guère de temps à perdre puisque la longévité d'un jeune tourtereau est estimée à un an, six de plus chez un adulte. Ce destin irrévocable explique peut-être sa plainte incessante qui lui a valu le nom de tourterelle triste... Mais certains oiseaux sont manifestement plus chanceux que d'autres puisque les ornithologues nous parlent d'un spécimen qui a vécu en liberté 19 ans et 4 mois, sans doute un oiseau d'une banlieue chaude du sud.
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