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Actualité!
2008-01-28
Jean-François Cliché,
Le Soleil, Québec
Déversements d'hydrocarbures: l’hécatombe
oubliée
On
fait toujours grand cas des naufrages de grands pétroliers et
des marées noires qui s’ensuivent. Pourtant, ces catastrophes
ne représentent qu’entre 5 et 15 % de tous les hydrocarbures
déversés dans les océans. Ce qui ne les empêche pas de faire
oublier une multitude de petits incidents similaires qui, chaque
année, tuent des centaines de milliers d’oiseaux dans l’est
du Canada.
Les
vidanges d’huile, souvent illégales, effectuées par les
cargos en haute mer, sont une des principales causes de cette
pollution, et les eaux canadiennes n’y font pas exception. La
carte ci-contre montre des déversements (les taches noires) qui
ont été détectés en 2002 au large de Terre-Neuve et de la
Nouvelle-Écosse par le satellite canadien RadarSat One.
À MDA Corporation, entreprise qui a participé à
l’exploitation du satellite, Bill Jefferies explique qu’il
est possible qu’environ 10 % de cette cinquantaine de taches
ne soient pas des flaques d’hydrocarbures. «Mais il se peut
aussi que nous ayons manqué un certain nombre de déversements,
poursuit-il. En fait, quand nous gérions ce programme, nous
faisions une image des environs à tous les deux ou trois jours
(every couple of days) en moyenne, et nous ne pouvions pas
couvrir toute la côte Est à la fois. Nos balayages couvraient
plutôt des superficies d’environ 500 km par 500 km. (…) Je
ne sais pas si l’on peut dire que notre couverture n’était
que de 10 %, mais ce n’était certainement qu’un petit
pourcentage.»
Les
quantités
Toutes
les sources que nous avons consultées sont d’avis qu’il est
impossible d’évaluer avec un tant soit peu de précision les
quantités d’huile et de carburant qui finissent dans les eaux
canadiennes chaque année. Mais il existe déjà, cependant, un
estimé du nombre de «victimes», et il n’a rien à envier à
la plupart des désastres pétroliers qui font le tour des médias
: environ 300 000 oiseaux marins meurent chaque année
uniquement au large de Terre-Neuve en raison de ces déversements
illégaux, d’après Environnement Canada. En comptant la côte
pacifique, ce nombre pourrait d’ailleurs aisément doubler.
Par comparaison, l’International Bird Rescue Research Center a
compté 2500 décès d’oiseaux dans la foulée de la marée
noire survenue le 7 novembre dernier dans la baie de San
Francisco.
Les
hydrocarbures, même en petite quantité, sont particulièrement
dangereux pour les oiseaux marins parce qu’ils collent à leur
plumage. Comme celui-ci les protège contre le froid et l’eau,
en plus d’accroître leur flottabilité, même une petite
tache d’huile peut les faire mourir de froid ou de faim.
Au Service des urgences environnementales d’Environnement
Canada, le porte-parole Stéphane Grenon invite tout de même à
interpréter les données satellite avec une certaine prudence,
car si les radars peuvent détecter la présence d’une nappe
d’hydrocarbure, ils ne peuvent en déterminer la quantité.
Certains des déversements de notre carte peuvent donc être
minimes.
En outre, poursuit-il, «au Canada, il y a certaines zones également
où il est permis de rejeter de petites quantités d’huile —
on parle d’environ 15 ppm, ce qui est très faible. Donc sur
la photo, il y a des rejets qui sont opérationnels, qui
arrivent dans le cadre courant et légal des activités d’un
navire».
Mais il demeure, admet-il, que des rejets illégaux continuent
de survenir. «Le long de la côte à Terre-Neuve, c’est un
problème qu’on a parce qu’il y a une grande concentration
d’oiseaux à cet endroit. Ça fait plusieurs années qu’il y
a des rejets illicites qui causent des problèmes sur la faune
aviaire.»
Et les autorités n’y peuvent apparemment pas grand-chose.
Transports Canada possède un avion qui ne fait rien d’autre
que de surveiller les cargos, et en nolise un autre pour compléter
le travail. En tout, dit le porte-parole Patrick Charette, ces
deux appareils patrouillent environ 1600 heures par année.
Couvrant un immense territoire, ces deux avions ont constaté en
2006-2007 un grand total de 97 déversements, mais ces
observations ne se sont transformées en accusations que dans 11
cas.
Prouver que telle nappe provient de tel navire, en effet,
n’est pas une mince affaire. Photographier un cargo au beau
milieu d’une immense flaque d’huile, par exemple, n’est
pas suffisant, car s’il est bel et bien interdit de larguer
son vieux mazout à la mer, passer à côté du dégât de
quelqu’un d’autre n’est pas un crime…
«On parle de grandes superficies, et on met quand même les
efforts pour s’assurer qu’on surveille le secteur, se défend
M. Charette. (…) On a quand même porté des accusations dans
de nombreuses situations. Mais lorsqu’on est devant 86 déversements
dont la source est inconnue, évidemment, il y a un impact
environnemental, mais malheureusement, on n’est pas en mesure
de savoir d’où ça vient. Mais quand on le peut, on porte des
accusations.»
Lueur d’espoir, cependant, il semble que la surveillance par
satellite commence à porter ses fruits. M. Jefferies dit en
effet avoir noté une légère diminution des rejets depuis que
RadarSat One scrute le golfe du Saint-Laurent du haut des airs.
Reste à voir si la crainte de se faire prendre s’étendra à
l’ensemble des capitaines…
(Retour à
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