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Actualité!
Le 16
juin 2008
Simon Diotte, La Presse,
Collaboration spéciale
Fous
de Bassan : l'île Bonaventure, numéro 1 mondial
Avec ses 121 000
oiseaux, l'île Bonaventure abrite maintenant la plus grande
colonie de Fous de Bassan au monde, déclassant depuis peu St.
Kilda, en Écosse, dont la population, stable, est maintenant
estimée à 119 000 oiseaux. Au large de Percé, le nombre de
Fous de Bassan augmente de 3 % par année et, à moins d'une
catastrophe naturelle, comme une épidémie, tout indique que la
colonie continuera de s'agrandir.
«L'île Bonaventure
offre encore beaucoup d'espace pour l'accroissement de la
colonie. Seulement 30 % des oiseaux vivent dans les falaises, 70
% font leurs nids sur le plateau», explique Rémi Plourde,
directeur du parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé,
qui a annoncé à La Presse la nouvelle du dépassement de St.
Kilda.
L'île Bonaventure possédait
déjà le titre de plus grande colonie de fous de Bassan
accessible au monde. À St. Kilda, les colonies d'oiseaux marins
vivent sur des rochers inaccessibles aux touristes. C'est
d'ailleurs parce que ces rochers débordent que l'accroissement
du nombre d'oiseaux s'avère maintenant impossible. À cet égard,
les photos sont éloquentes. Il y a tellement de Fous de Bassan
sur Stac Lee que ce rocher nous apparaît blanc. Or, c'est qu'il
est entièrement recouvert de fiente!
Une colonie récente
Chose étonnante, la
colonie de Fous de Bassan de l'île Bonaventure serait
relativement récente. Dans ses écrits, Jacques Cartier évoque
la présence de margaulx (vieux nom français) sur les falaises
du Rocher-aux-Oiseaux, aux Îles-de-la-Madeleine, mais il n'en
fait aucune mention dans l'île Bonaventure. Il faut attendre le
XIXe siècle, plus précisément 1860, pour entendre parler
d'une colonie de fous de Bassan près de Percé. La première
estimation, réalisée en 1883, comptabilise 1500 couples. À l'époque,
la colonie s'accroît très lentement, car les habitants de l'île
l'utilisent comme poulailler.
Mais à la suite de la
signature de la Convention sur la protection des oiseaux
migrateurs, par le Canada, les États-Unis et le Mexique en
1916, puis de la création en 1919 d'un refuge protégé
d'oiseaux migrateurs dans l'île, la population augmentera sans
relâche, sauf dans les années 70, à la suite de la
contamination des eaux du golfe par le DDT. Problème qui sera
toutefois résolu dans la décennie suivante.
Pour cet oiseau marin,
l'île Bonaventure est un paradis. Les eaux du golfe regorgent
en poissons tels que le maquereau, le hareng, le capelan et l'éperlan,
leur nourriture de prédilection. De plus, l'île abrite très
peu de prédateurs, car il manque de sources d'eau pour les
mammifères.
Résultat: «Il faut
constamment repousser les clôtures qui protègent les nids des
visiteurs afin de ne pas nuire à l'élargissement de la colonie»,
affirme M. Plourde. Alors que l'on annonce constamment la menace
de disparition d'espèces animales, on peut donc se réjouir que
pour une fois, en dépit de la pollution, des changements
climatiques et de la perte de territoire, un oiseau se porte
plutôt bien!
Pour le moment, le
bureau d'information touristique de Percé n'a pas encore annoncé
en grande pompe ce premier rang mondial. «Ça fait tellement
d'années qu'on dit que l'île Bonaventure est la seconde
colonie en importance au monde qu'on ne l'a pas encore complètement
digéré», avoue Marie Leblanc, responsable du tourisme à Percé.
Cependant, d'ici quelques semaines, on prévoit mettre en évidence
cette nouveauté afin d'appâter davantage le tourisme
ornithologique, en forte progression partout dans le monde.
Le célèbre ornithologue et auteur américain
Roger Tory Peterson a déjà classé déjà l'île Bonaventure
parmi les 12 meilleurs sites d'observation d'oiseaux en Amérique
du Nord. Selon une estimation, on y dénombre 203 espèces, dont
le seul site d'observation du macareux moine en Gaspésie.
(Retour à
Actualité 2008)
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