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Actualité!
Le
27
juin 2008
Ornithomedia.com
Une nouvelle étude bouleverse l'arbre phylogénétique des oiseaux
Un arbre phylogénétique exprime les relations
évolutives entre les séquences d'ADN de différentes espèces.
Une étude fascinante, publiée en juin 2008 dans la revue Science
et intitulée "A Phylogenomic Study of Birds Reveals Their
Evolutionary History", présente les résultats de l'analyse de 32
kilobases de séquences d'ADN nucléaires de 169 espèces d'oiseaux
représentant tous les principaux groupes existants.
Et ces résultats dont étonnants: l'arbre généalogique du monde
des oiseaux est pratiquement entièrement redessiné: on y
découvre par exemple que les faucons sont très proches des
perroquets, et que la famille des Falconidés comprend les
vautours du Nouveau Monde, mais qu'ils sont assez éloignés des
aigles, des buses et du Balbuzard pêcheur...
De nouvelles relations étonnantes
Les résultats de cette
analyse dessinent le nouvel arbre phylogénétique des oiseaux
(voir schéma), qui remet en cause un certain nombre de
certitudes sur les liens évolutifs entre les groupes d'oiseaux.
La classe Aves est divisée en deux groupes principaux: les
Paleognathes (ratites et tinamous) et les Neognathes (tous les
autres oiseaux).
Les Neognathes sont fractionnés en deux sous-groupes: les
Galloanserae (les canards, les poulets et autres oiseaux
apparentés) et les Neoaves (les autres Neognathes).
Au sein des Neoaves, le clade le plus important est constitué
des oiseaux terrestres (en vert dans le schéma 2): les
Passeriformes (oiseaux chanteurs), les Piciformes (pics et
oiseaux proches), les Falconiformes (faucons), les Strigiformes
(hiboux et chouettes), les Coraciiformes (martins-pêcheurs et
chasseurs, calaos, rolliers et oiseaux apparentés), les
Psittaciformes (perroquets), les Coliiformes (colious) et les
Trogoniformes (trogons).
Mais parmi ces oiseaux
terrestres, on découvre quelques surprises:
- les perroquets et les passereaux chanteurs constituent des
groupes très proches
- les faucons constituent un groupe-soeur ("sister-group" ) des
perroquets et des passereaux chanteurs
- les faucons (Falconiformes) constituent un clade distinct des
aigles, des buses et du Balbuzard pêcheur (Accipitridés)
- les vautours du Nouveau Monde (Cathartidés) ne sont pas
apparentés aux cigognes et aux espèces proches (Ciconiiformes),
mais doivent être inclus parmi les Accipitridés avec les buses,
les aigles et le Balbuzard pêcheur
- les pics (Piciformes) constituent un groupe spécialisé au sein
des martins-pêcheurs, des calaos, des rolliers et des espèces
apparentées (Coraciiformes)
- les caramias (Cariamidés) constituent un groupe-soeur des
faucons, et non pas des Gruiformes
- le groupe-soeur du clade des oiseaux terrestres est le clade
des oiseaux aquatiques: Charadriiformes (limicoles, goélands et
Alcidés) (en jaune sur le schéma), Pelecaniformes, Ciconiformes
(cigognes, hérons, butors et oiseaux proches), Procellariiformes
(puffins, pétrels, océanites), Sphenisciformes (manchots) et
Gaviiformes (plongeons) (en bleu sur le schéma)
- les turnix appartiennent à l'ordre des Charadriformes
- les pélicans (Pelecaniformes), les cigognes, les hérons, les
butors et oiseaux apparentés (Ciconiformes) constituent un clade
- les phaétons (Phaethontidés), autrefois classés parmi les
pélicans (Pelecaniformes), sont
dorénavant exclus du nouveau clade
"Pelecaniformes-Ciconiformes"- les colibris et les martinets (Apodiformes)
sont inclus dans le clade des engoulevents (Caprimulgiformes)
- les caurals (Eurypygidés), des oiseaux néotropicaux, et le
Cagou (Rhynochetos jubatus) sont des taxa "soeurs" qui ne sont
plus inclus dans les Gruiformes
- les grèbes (Podicipediformes) et les flamants (Phoenicopteriformes)
sont des taxa "soeurs"
- les tinamous (Tinamiformes) sont issus des Struthioniformes
(nandous, autruches, casoars, émeus et kiwis).
Encore quelques mystères
En dépit de l'étendue du
génome étudié et de la rigueur des analyses, il reste encore des
mystères évolutifs, comme l'Hoatzin (Opisthocomus hoazin), les
pigeons et tourterelles (Columbiformes), les gangas (Pteroclididés),
les phaétons (Phaethontidés) et les mésites (Mesitornithidés),
une famille d'oiseaux aux affinités incertaines (une sorte de
"poubelle" taxonomique).
Pourquoi un tel bouleversement?
Les relations évolutives
entre les groupes d'oiseaux ont longtemps été difficiles à
comprendre car ces derniers sont apparus presque immédiatement,
de façon "explosive", à un "moment" entre - 65 millions et - 100
millions d'années.
Ils n'ont ainsi souvent que quelques millions d'années, ce qui
est très court à l'échelle géologique. Ainsi par exemple, les
perroquets, les pigeons et les hiboux, bien distincts, semblent
être apparus brusquement car y a peu ou pas de formes
intermédiaires.
Des conclusions importantes
Cette nouvelle
phylogénie confirme et perturbe à la fois notre approche
actuelle des relations évolutives entre la plupart des groupes
d'oiseaux qui est principalement basée sur l'analyse
morphologique.
Ces résultats sont importants car ils impactent une grande
partie de nos connaissances sur la biologie reproductrice, la
spéciation, le comportement, l'écologie et l'évolution, et donc
ils fournissent un nouveau cadre scientifique pour les décennies
pour venir.
Deux conclusions primordiales peuvent être tirées: tout d'abord,
les classifications conventionnelles concernant les relations
évolutives entre de nombreux oiseaux sont souvent fausses.
Ensuite, les oiseaux dont les apparences ou les comportements
sont proches ne sont pas nécessairement apparentés.
Cette étude va avoir une influence importante sur de nombreux
ouvrages ornithologiques, dont de nombreux guides
d'identification dont l'organisation devra être revue.
(Retour à
Actualité 2008)
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