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Actualité!

Le 16 août 2008
Marc Saint-Pierre, Le Soleil, Québec 

Alerte rouge dans le Saint-Laurent 

«Si j’étais un béluga et que je connaissais mes couleurs, je dirais : alerte rouge!» C’est la préoccupation exprimée jeudi par le biologiste Pierre Béland en marge de la floraison d’algues toxiques qui sévit ces jours-ci dans l’estuaire du Saint-Laurent, à l’embouchure du fjord du Saguenay et sur la rive sud entre Rivière-du-Loup et Rimouski. 

Directeur scientifique de l’Institut national d’écotoxicologie du Saint-Laurent et grand défenseur des bélugas, Pierre Béland n’est pas heureux de ce qu’il constate. La semaine dernière, deux de ces fameux grands marsouins blancs qu’il affectionne particulièrement ont été retrouvés morts, quatre autres lundi et encore deux mercredi, quelque part dans l’entrée du Saguenay et aussi à Sainte-Flavie, à Saint-Simon, à Sainte-Luce, à l’île aux Basques, à l’île Verte et jusqu’à Saint-Denis-de-Kamouraska. 

C’est beaucoup en si peu de temps. La moyenne des mortalités de bélugas est de 15 annuellement. Et, à la même période, trois phoques ont aussi été trouvés morts près de Baie-Comeau et trois autres sur la rive sud. Aussi découverts morts, des marsouins communs et des oiseaux comme les goélands et les cormorans, et des poissons comme les éperlans, puis un esturgeon de près de deux mètres. 

Cette hécatombe survient au même moment où se développe «une floraison» d’algues toxiques, probablement due aux incessantes pluies qui ont lessivé les terres de l’amont de leurs phosphates et nitrates, voire fait déborder les systèmes d’égout, qui ont réchauffé l’eau, réduit sa salinité. D’où la pléthore d’algues microscopiques unicellulaires, invisibles à l’œil nu, mais qui peuvent donner aux eaux du fleuve une couleur rouge quand elles s’agglutinent en forte densité. 

La «marée rouge» a vraisemblablement pris naissance dans le Saguenay et des courants ont eu tôt fait de l’amener vers les terres du sud, note Michel Gilbert, directeur des sciences océaniques et de l’environnement à Pêches et Océans Canada. 

«Le lien entre toutes ces mortalités et la floraison d’algues toxiques n’a pas encore été établi. Des scientifiques sont actuellement sur le terrain pour récolter des échantillons d’eau et de carcasses d’animaux pour analyses à l’Institut Maurice-Lamontagne et à Pêches et Océans à Mont-Joli, ainsi qu’à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, à Saint-Hyacinthe», précise le Réseau québécois d’urgence pour les mammifères marins dans une communication aux médias. 

Mais le biologiste Béland indique la direction. «C’est (les algues toxiques) la première hypothèse», précise-t-il succinctement. 

Mollusques suspects 

C’est un fait que ces algues sont porteuses d’une toxine qui peut affecter n’importe quel système nerveux et causer éventuellement la mort d’Homo sapiens y compris quand elles sont ingérées. 

Dans ce contexte, Pêches et Océans a fermé le plus clair des 395 zones de cueillette de mollusques de l’estuaire et du golfe. Sur la Côte-Nord, ce sont 131 zones qui sont interdites à compter du Saguenay jusqu’au-delà de Sept-Îles. «Au sud, tout est fermé, Bas-Saint-Laurent et Gaspésie comprises», a noté Patrick Vincent, à la gestion des pêches et de l’aquaculture de Pêches et Océans Canada, notant que l’Agence canadienne d’inspection des aliments est également sur les dents. 

C’est toute la communauté scientifique qui est sur le pied de guerre, plein de scientifiques sont sur le terrain, plein d’organismes comme le Réseau d’observation des mammifères marins ou le GREMM (Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins) sont aussi montés au créneau. 

«Le phénomène va-t-il s’amplifier? A-t-il atteint son apogée? Nous n’en savons rien pour le moment», dit Pierre Béland.

(Retour à Actualité 2008)

 

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