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Actualité!
12 décembre 2008
(Source:
ornithomedia.com)
Le Harfang des neiges, une espèce marine?
Notre connaissance de la biologie du Harfang des neiges (Nyctea
scandiaca) pourrait bien être bouleversée par le suivi par
satellite.
Jean-François Therrien, de l'université de Laval (Québec)
travaille avec Gilles Gauthier et Joël Bêty au sein du Centre
d’études nordiques dans le but de mieux connaître le mode de vie
de certaines espèces indicatrices de l'état de l'Arctique
canadien, dont l'Harfang des neiges.
Ils ont présenté le mercredi 10 décembre dans la ville de Québec
les résultats du suivi depuis 16 mois des déplacements de 12
femelles de Harfangs des neiges au cours de l'Arctic Change
Conference.
Leur
communication était intitulée: "Reproductive success and
long-distance movements of snowy owls: Is this top predator
vulnerable to climate change?".
Lors de l’été 2007, ils ont capturé douze femelles alors
qu’elles nichaient sur l’île Bylot et ils les ont munies d’un
collier GPS permettant un suivi satellitaire de leurs
déplacements. Neuf de ces colliers ont fonctionné pendant plus
d’un an et huit livrent toujours des données via Internet aux
ordinateurs des chercheurs. Première surprise: les harfangs sont
des oiseaux marins pendant une partie de l’année. Gilles
Gauthier précise: "Six des sept oiseaux qui sont demeurés dans
le Nord tout l’hiver ont passé entre un et trois mois au large
des côtes. Nous croyons qu’ils se rendent aux polynies (des
étendues d’eau libres de glace dans les mers nordiques) pour y
chasser des oiseaux comme les eiders". Il est incroyable que le
principal rapace de l'Arctique, tout comme l'Ours polaire, soit
autant dépendant de l'écosystème marin.
Autre surprise, l’extrême variabilité des migrations automnales
des harfangs. En moyenne, 1727 kilomètres séparent le lieu de
nidification et lieu d’hivernage de chaque oiseau, mais cette
distance varie de 410 à 3245 kilomètres.
Certains oiseaux ont en effet parcouru des distances énormes;
l'un a atteint l'île Ellesmere, un autre a volé directement vers
le Dakota du Nord aux États-Unis et un troisième est arrivé à
l'extrémité orientale de Terre-Neuve (voir notre carte
ci-contre).
"Des données obtenues au cours des derniers jours nous indiquent
que plusieurs oiseaux sont retournés au même site d’hivernage
que l’an dernier, signale Gilles Gauthier: c'est le cas du grand
vagabond qui est retourné au Dakota du Nord"
Par ailleurs, contrairement à la plupart des espèces, les
femelles harfangs ne retournent pas au même site de nidification
d’une année à l’autre. En moyenne, 733 kilomètres séparent leur
nid de 2007 et celui de 2008. Gilles Gauthier explique: "C’est
la plus grande différence jamais rapportée parmi toutes les
espèces d’oiseaux. En général, on parle d’au plus de 10
kilomètres d’écart".
Les chercheurs ont aussi prouvé que le harfang pouvait nicher
avec succès lors de deux années consécutives, ce qui constitue
une autre surprise. Les femelles choisiraient leur site de
nidification en fonction de l’abondance locale des lemmings,
leur principale proie.
Les chercheurs estiment que cet hiver devrait permettre à de
nombreux Canadiens vivant au sud du pays de voir des harfangs.
Gauthier ajoute: "Nous avons constaté que les lemmings étaient
abondants au cours de l'été 2008. Les harfangs n'ont ainsi pas
eu de problème pour élever leurs jeunes, et donc d'importants
mouvements auront lieu au sud de l'aire normale d'hivernage de
l'espèce au cours de l'hiver 2008-2009".
Et en effet, à en juger par les nombreuses observations et les
articles parus dans la presse depuis novembre 2008, cette
prédiction s'est révélée juste. Il y aurait ainsi au début du
mois de décembre au moins six harfangs à proximité des pistes de
l’aéroport international Trudeau à Montréal. Un employé de
l’aéroport aurait contacté l'équipe pour savoir comment les
éloigner des pistes afin d’éviter les collisions avec les
avions: en effet, un choc entre un harfang et un avion a été
rapporté.
"Le soutien de l'IPY et du NSERC et les avancées technologiques
du suivi par satellite ont donné un nouvel élan dans la
compréhension de la biologie du harfang" dit Gauthier. Il
complète: "une meilleure connaissance du mode de vie de ce
rapace est indispensable".
Jean-François Therrien a reçu une récompense, le "NSERC Northern
Internship", pour son travail mené dans le cadre de l'"Arctic
Wolves Project" basé à l'Université de Laval.
Sources: Natural Sciences and Engineering Research Council
(2008, December 10). "Snowy Owl, A Marine Species?
(www.sciencedaily.com),
"Harfangs voyageurs" par Jean Hamann (www.aufil.ulaval.ca).
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Actualité 2008)
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