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Actualité!
07 janvier 2009
(Source:
Ornithomedia.com )
L'hiver 2008-2009 sera-t-il un hiver à harfangs?
Le
Harfang des neiges est un rapace mythique, qui niche dans la
toundra arctique de l'Alaska à la Sibérie, et que l'on ne voit
que très rarement en Amérique du Nord : or, entre la fin du mois
d'octobre 2008 et jusqu'au 24 novembre au moins, plusieurs
oiseaux ont été observés. Un nombre important d'oiseaux arrivés
plus tôt que lors d'une année normale ont été observés au
Sud-est du Canada (Nouveau-Brunswick et Québec) ainsi que dans
les régions de New York et des Grands Lacs. L'hiver 2008-2009
semble donc être une année favorable pour découvrir cet oiseau
en dehors de son aire normale. Mais quelles sont les raisons
possibles de ces arrivées inhabituelles?
Une espèce dépendante des rongeurs
Le
Harfang des neiges est un grand hibou au plumage blanc plus ou
moins barré/tacheté de gris sombre et nichant dans la toundra ou
sur les hauts plateaux au-dessus de la limite des arbres, de
l'Alaska à la Sibérie en passant par le Canada, le Groenland et
la Scandinavie. Son alimentation est très majoritairement
composée de rongeurs, en particulier de Lemmings (Lemmus
lemmus) et de campagnols. En fonction de leur nombre, sa
population fluctue, et il peut ne pas se reproduire certaines
années. Sur l'île de Banks (Canada), on peut compter entre 15
000 et 20 000 Harfangs des neiges lors des bonnes années à
Lemmings, et seulement 2 000 oiseaux lors des mauvaises années.
La densité des oiseaux passe d'un individu pour 2,6 km² dans le
premier cas à un oiseau pour 26 km² dans la seconde situation
(source:
www.owlpages.com).
En hiver, lors des années de "disette", un certain nombre
d'oiseaux sont obligés de descendre au sud de leur aire
d'hivernage normale, à la recherche de rongeurs: on note alors
des "invasions" d'harfangs; c'était par exemple le cas aux
États-Unis et dans le sud du Canada lors des hivers 1996-1997,
1991-92 et 1980-81.
En
consultant un certain nombre de journaux canadiens et
américains, nous avons constaté qu'un phénomène similaire était
en train de se produire depuis le mois d'octobre dans le sud-est
du Canada et au Nord-est des États-Unis
1- Six oiseaux ensemble sur Miscou Island début novembre au
Nouveau-Brunswick (Canada). 20 oiseaux (!) ont aussi été vus
ensemble dans un spot (qui ne figure pas sur notre carte) dans
la province de Terre-Neuve (Canada) en novembre (source:
Canada East)
2- Au moins 33 données entre le 1er octobre et le 21 novembre le
long du Saint-Laurent, Québec (Canada). Il est possible de
visionner l'emplacement de ces observations sur ce
lien.
3- Un couple dans le Northern Tier, Clinton County le 8 novembre
et sept oiseaux dans le secteur de Plattsburgh (New York) début
novembre (source:
www.pressrepublican.com)
4- Un oiseau le 16 novembre sur un toit à Stittsville et deux
oiseaux (le même jour?) dans l'Outaouais dans la région d'Ottawa
(Canada) (source: The Ottawa Citizen)
5- Un oiseau sur les îles Norwalk (Connecticut) le 2 novembre et
un le 5 novembre sur Stratford Point (Connecticut) (source:
http://blogs.rep-am.com)
6- Un oiseau début novembre sur la côte du Massachusetts
(source:
http://blogs.rep-am.com)
7- Un oiseau à Milwaukee (Illinois) le 9 novembre (source:
Chicago Sun Times)
8- Un oiseau dans le Gillson Park à Wilmette (Illinois) le 8
novembre (source: Chicago Sun Times)
Bien sûr, cette liste n'est pas exhaustive!
Une mauvaise année à Lemmings?
Une caractéristique particulière du Lemming, la proie principale
du Harfang des neiges, est la nature cyclique de ses
populations: ces dernières passent par des périodes d'abondance
très faible à très élevée, selon la disponibilité de la
nourriture. Si les conditions sont bonnes, les lemmings peuvent
se reproduire et avoir plusieurs portées par année. Ainsi, leur
population augmente jusqu'à ce qu'il n'y ait plus suffisamment
de plantes pour soutenir l'ensemble des individus de la
population. Suivant les espèces de lemmings, les populations
peuvent alors exploser d'un facteur cent ou mille! À ce moment,
la population décline, la végétation se régénère et le cycle
reprend. Par exemple, sur l'Île Bylot (Canada), l'intervalle de
temps entre deux pics d'abondance dans la population de lemmings
est de trois à quatre ans. Lorsque les populations de lemmings
sont faibles, les Harfangs des neiges voient leurs ressources
alimentaires diminuer, et ils sont obliger de descendre plus au
Sud pour se nourrir, notamment en hiver.
Il semblerait justement que la saison 2008 corresponde à la fin
d'un cycle de quatre ans. On a par exemple constaté au
Nouveau-Brunswick (Canada), où vit une modeste population de
Lemmings, que leur nombre avait chuté dramatiquement. Mais les
Harfangs des neiges ont pu se rabattre vers les campagnols, très
nombreux.
Des mâles adultes d'Harfangs des neiges, pourtant plutôt
sédentaires, ont été vus en novembre dans le sud de l'Ontario
(Canada), ce qui suggère que le manque de Lemmings pourrait être
très important cette année dans la toundra (source:
http://newsdurhamregion.com).
En outre, les premiers harfangs observés cette année au Sud du
Canada et au Nord-est des États-Unis ont été précoces, cette
espèce arrivant généralement bien plus tard dans la saison, ce
qui suppose des conditions très défavorables plus au Nord.
A noter que de nouveaux travaux menés au Groenland par Gilg,
Hanski et Sittler (AAAS, octobre 2008) suggèrent qu'en fait ce
serait une combinaison particulière de prédateurs (Hermine,
Renard arctique, Harfang des neiges et Labbe à longue queue) qui
pourrait conduire les populations de lemmings à fluctuer
fortement tous les quatre ans. Les scientifiques pensent que ces
quatre prédateurs pourraient être les seuls responsables des
cycles quadriennaux de population observés à l'Est du Groenland
et probablement dans de nombreuses autres populations de
lemmings. Contrairement aux précédentes hypothèses, le manque de
nourriture ou d'espace ne paraît pas en cause.
Le nombre de renards, d'harfang et de labbes, tous des
prédateurs généralistes qui se nourrissent de lemmings
uniquement lorsqu'ils sont abondants, fluctue de façon
exactement synchrone avec celui des lemmings. Gilg et ses
collègues ont fait l'hypothèse que les prédateurs spécialistes
et généralistes, en agissant de concert, limitent les
populations de lemmings qui augmenteraient autrement jusqu'à ce
que la nourriture ou la place viennent à manquer.
Les hermines, avec le décalage de leur reproduction, sont la clé
du cycle quadriennal qui caractérise les lemmings selon les
chercheurs. Au cours d'une année à lemmings, les prédateurs
généralistes aident à contenir la multiplication rapide des
rongeurs jusqu'à ce que les hermines gagnent en nombre. À ce
moment-là, la prédation est suffisamment intense pour faire
chuter au plus bas le nombre de lemmings.
Quand les trois prédateurs généralistes ont trouvé une
alternative, d'autres proies plus abondantes, ou ont quitté la
région, les lemmings peuvent se multiplier assez rapidement pour
retrouver leur nombre le plus élevé.
Une très bonne reproduction 2008 des harfangs
Un message posté par Ron Pittaway et Jean Iron, deux
naturalistes canadiens, le 26 novembre sur la liste de
discussion Birdchat, est très instructif. On y a apprend qu'un
grand nombre d'Harfangs des neiges ont été vus cet automne au
sud de l'Arctique. La plupart des premiers oiseaux observés
étaient des mâles de première année nés cet été: des rapports
publiés au cours de l'été 2008 indiquaient en effet que la
population de lemmings était importante dans l'est de l'Arctique
canadien entre Churchill (Manitoba) jusqu'à l'Île de Bylot (Nunavut),
permettant une forte reproduction des rapaces.
On pensait dans un premier temps que la cause de l'apparition
des Harfangs des neiges au sud de leur aire d'hivernage normal
était lié à une chute du nombre de lemmings dans l'Arctique
oriental canadien; toutefois, des informations récentes
suggèrent plutôt que ces données sont le résultat d'une très
bonne saison de reproduction 2008 de l'Harfang des neiges, de
nombreux jeunes ayant été élevés avec succès. Gilles Gauthier et
son étudiant Jean-Francois Therrien de l'Université Laval de
Québec l'expliquent: "en raison de l'abondance de lemmings sur
l'Île de Bylot et dans tous les sites que nous avons visités sur
l'Île de Baffin durant l'été 2008, nous avions prédit que le
nombre d'Harfangs des neiges devrait être important cet hiver
dans le Sud. En effet, certaines études menées par Jean-François
basées sur les résultats du Christmas Bird Count avaient montré
une bonne corrélation entre l'abondance de lemmings sur l'Île de
Bylot et le nombre d'Harfangs observés l'hiver suivant dans les
provinces de Québec et de l'Ontario pour la période 1993 - 2007.
Et jusqu'ici, les prédictions se sont avérées justes".
L'Île de Baffin se situe à l'ouest du Groenland et est la plus
grande île de l'Arctique canadien. L'Île de Bylot se trouve à
peu près 3 000 km au nord de Toronto. Bylot est beaucoup plus
petite que Baffin. Elle est située à la pointe nord-est de
Baffin dans le Détroit de Lancaster, le fameux "Passage du
Nord-ouest".
Une bonne reproduction 2008 des harfangs et une chute du nombre
de lemmings?
Mais le nombre de lemmings a-t-il aussi chuté cet automne? Bruce
Di Labio a mené des études écologiques dans le sud de l'Île de
Baffin au mois d'août 2008, puis dans le centre et le sud de
l'île durant les mois de septembre et d'octobre. Il a rapporté
que très peu de lemmings avaient été capturés dans les pièges,
ce qui pourrait indiquer un déclin du nombre de rongeurs au
cours de ces deux mois, à une période où la plupart des
chercheurs ne sont plus dans l'Arctique. Le nombre de lemmings
s'effondre normalement entre l'automne et l'hiver après une
période d'abondance et les cycles sont d'ordinaire synchrones à
travers tout l'est de l'Arctique.
L'arrivée importante des Harfangs des neiges au cours de
l'automne 2008 pourrait être lié au grand nombre de poussins
élevés cet été grâce à la disponibilité des lemmings à ce
moment. Mais il pourrait aussi être causé par la chute des
proies disponibles cet automne. Si plusieurs adultes d'Harfangs
des neiges sont vus cet hiver dans le sud du Canada, alors il
sera probable que l'absence de lemmings a joué un rôle
important.(Retour à
Actualité 2009)
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