Le journaliste Mark
Szantyr a publié en avril sur le site web de la Vermont
Public Radio un article revenant sur le nombre
inhabituellement élevé d'oiseaux du Haut-Arctique notés au
cours de l'hiver 2008-2009 au sud de leur aire normale
d'hivernage, dans le Nord-est des États-Unis notamment (mais
aussi en Europe).
Bien qu'il ne soit pas anormal pour ces oiseaux d'aller vers
le Sud en hiver pour trouver de la nourriture, les
ornithologues des états du Nord-est signalent qu'il est rare
de voir autant d'espèces différentes (Harfang des neiges,
Mouette blanche, Bec-croisé bifascié, Harelde boréale, ...)
au cours d'un même hiver.
June Summers, de la
Genesee Valley Audubon Society, dans l'état de New York,
explique par exemple que le nombre d'Hareldes boréales (Clangula
hyemalis) recensées sur le lac Ontario a été plus important
que lors d'un hiver normal. Plus généralement, ce petit
canard qui niche le long des côtes et sur les grands lacs de
montagne en Alaska, dans le nord du Canada et en Russie,
sont arrivées plus au sud et plus à l'ouest que d'habitude.
Un nombre important
de Harfangs des neiges (Bubo scandiaca) a également été
relevé au Nord-est du pays, jusqu'en Virginie (lire L'hiver
2008-2009 sera-t-il un hiver à harfangs?).
June Summers précise
que les Tarins des pins (Carduelis pinus) et les
Becs-croisés bifasciés (Loxia leucoptera) qui se nourrissent
normalement de cônes de pin dans la forêt boréale ont aussi
été observés très nombreux cet hiver plus au sud que
normalement, avec des troupes énormes par exemple dans les
secteurs de Rochester et de New York.
Milan Bull, de la
Connecticut Audubon Society, explique que ces passereaux
sont venus se nourrir. Leurs sources d'alimentation
connaissent en effet des cycles d'abondance, et quand le
cycle au plus bas, c'est-à-dire que les cônes de pins sont
peu nombreux, les oiseaux se déplacent dans des contrées
plus accueillantes. Cela se constate aussi pour les Harfangs
des neiges avec les lemmings.
Bud Lowell, qui
travaille dans une station de la Northeast Public Radio,
rappelle que lorsque oiseaux arrivent en nombre inhabituel
dans des contrées à la recherche de nourriture, il s'agît
qu'une "migration éruptive".
Wes Hochaka, du
Cornell University Ornithology Laboratory, explique
toutefois que cela n'a pas un rapport direct avec le
réchauffement climatique, mais que c'est un phénomène
cyclique qui arrive tous les deux ans depuis la dernière
période glaciaire. Il précise: "ces oiseaux font face depuis
des générations à des ressources alimentaires fluctuantes,
et leur adaptation consiste à vivre le plus au Nord possible
et à aller vers le Sud, parfois très au Sud, si cela est
nécessaire".
Hochaka admet que
les biologistes surveillent de près ces mouvements, car si
une espèce de l'Arctique se montre de plus en plus
fréquemment chaque hiver dans des régions méridionales, cela
pourrait constituer un indice d'un changement climatique en
cours.
Au cours de l'hiver
2008-2009, les observateurs ont vu deux Mouettes blanches (Pagophila
eburnea) adultes dans le Massachusetts (lire Afflux
inhabituel de Mouettes blanches en janvier 2009); Wayne
Peterson, directeur de programme à la Massachusetts Audubon
Society, signale que ces données sont exceptionnelles,
signalant que seules trois ou quatre Mouettes blanches ont
été vues dans le Massachusetts depuis les années 1960, la
dernière en 1985. Et Peterson note que ces oiseaux très
rares se sont montrés alors leurs populations s'effondrent
dans l'Arctique (lire La Mouette blanche, le Dodo du 21ème
siècle?). Les biologistes essaient de comprendre ce que leur
arrivée signifie.