Un petit passereau
d'Amérique du Nord met à profit ses talents de physionomiste
pour protéger son nid. Pour cet oiseau tous les humains ne
se ressemblent pas...
Reconnaître parmi
des centaines d’individus qui passent chaque jour près de
leur nid celui ou celle qui représente une menace: voilà de
quoi est capable le moqueur polyglotte, selon des
biologistes de l’Université de Floride (Gainesville, USA).
Ce petit oiseau très commun aurait donc la capacité
d’identifier en quelques coups d’œil un individu appartenant
à une autre espèce, un être humain en l’occurrence,
expliquent Douglas Levey et ses collègues.
Si cette capacité
d’identification a déjà été observée chez des oiseaux vivant
en captivité, comme les perroquets, ou dans des conditions
expérimentales en laboratoire, elle n’a pas été vérifiée à
l’état naturel. Sur le campus de l’Université de Floride,
les nids de moqueurs polyglottes (Mimus polyglottos) sont
très nombreux. Ils sont installés dans des arbustes, le long
d’allées où passent quotidiennement les étudiants.
L’équipe de Doug
Levey a demandé à 10 personnes de s’approcher de 24 nids de
moqueurs pendant la période de reproduction, lorsque l’un
des parents était au nid. Les premiers se sont approchés et
ont touché le nid avant de faire demi-tour, quatre jours de
suite. Ils n’étaient pas habillés de la même façon chaque
jour et n’arrivaient pas par le même chemin. Malgré cela, la
réaction de l’oiseau allait crescendo à chaque visite :
d’abord défensif, le comportement du passereau devenait
agressif, allant jusqu’à un vol en piqué vers la tête de
l’intrus le 4ème jour.
Le cinquième jour,
une nouvelle personne venait vers le nid et l’oiseau
reprenait son attitude du premier jour, expliquent les
chercheurs. Le moqueur polyglotte avait donc bien repéré, en
peu de contacts, l’individu qui le menaçait, concluent Levey
et ses collègues, qui publient leurs travaux dans les PNAS.
Il est peu probable
que ces oiseaux aient développé cette capacité de
reconnaissance spécifiquement pour les humains, qui les
menacent rarement. En revanche elle les aide sans doute à
survivre en milieu urbain, soulignent les biologistes, en
distinguant les chats agressifs de ceux qui sont trop bien
nourris pour chasser, par exemple.
Cécile Dumas
Sciences-et-Avenir.com