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Actualité!
2009-05-29
Cécile Dumas, Sciences-et-Avenir.com
Des corbeaux inventifs et bricoleurs
Des corbeaux qui n’utilisent pas d’outils dans la nature ont
fait preuve d’une surprenante capacité d’innovation en
laboratoire.
Le maniement de l’outil serait-il inné chez les corvidés?
Telle est l’étonnante question posée par une étude réalisée
à l’Université de Cambridge (GB) sur des corbeaux freux (Corvus
frugilegus). A l’état sauvage, ces corbeaux n’ont pas
recours à des outils pour attraper leur nourriture,
contrairement à leur cousin de Nouvelle-Calédonie qui
fabriquent des tiges et des crochets. Pourtant en
laboratoire ces corbeaux freux ont déployé une aussi grande
habileté.
Les cinq corbeaux du laboratoire ont par exemple su
sélectionner une pierre de la bonne taille pour récupérer
une larve. L’appât était placé au fond d’un petit tube
transparent : il fallait que le caillou tombe dans le tube
pour qu’une plate-forme s’abaisse et libère la friandise (cf
la vidéo ci-dessus). Même sans entraînement, et en faisant
preuve d’une grande flexibilité dans leur choix, les
corbeaux ont réussi cette tâche. Ils ont même été capables
de procéder en deux temps : sélectionner une pierre pour
l’insérer dans un tube et libérer ainsi un second caillou
permettant de récupérer la larve.
Une telle intelligence a rarement été observée chez les
animaux, à l’exception des grands singes ou du corbeau de
Nouvelle-Calédonie (Corvus moneduloides), soulignent les
deux auteurs de ces travaux, Christopher Bird et Nathan
Emery.
Au cours d’une autre expérience, ils montrent même que les
corbeaux freux sont capables de créer l’outil. Les
chercheurs ont placé une larve au fond d’un petit panier,
lui-même au fond d’un tube transparent. Ils ont fourni à
l’oiseau un fil de fer. Dès le premier essai, les corbeaux
ont courbé le fil pour crocheter l’anse du panier.
La famille des corvidés qui comprend corbeaux, corneilles,
geais, choucas, pies ou encore cassenoix est réputée pour
ses comportements complexes et sophistiqués. Pour expliquer
l’utilisation d’outils par les corbeaux calédoniens, l’idée
d’une adaptation à un environnement particulier, où la
nourriture est moins facile à trouver que pour un corbeau
européen, a été avancée. Christopher Bird et Nathan Emery
remettent en question cette hypothèse, suggérant plutôt que
leur capacité d’innovation s’est formée très tôt au cours de
leur évolution et qu’un lointain ancêtre a légué à sa
famille ces surprenantes aptitudes.
Ces travaux sont publiés cette semaine dans les Proceedings
of the National Academy of Sciences.
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