Des recherches du Pic à bec d'ivoire (Campephilus
principalis) ont été menées cette année dans les
mangroves et les boisements du sud de la Floride. Des
ornithologues ont parcouru les forêts de Caroline du Nord et
du Sud, les marais de l'Arkansas, les boisements de
l'Alabama et du Mississippi, et maintenant la vaste "River
of Grass" et les mangroves et les forêts de cyprès des
Everglades. Mais si le légendaire Pic à bec d'ivoire vit
toujours dans le sud-est des États-Unis, l'oiseau reste
invisible et muet.
Une équipe mobile constituée de six membres du Cornell
Laboratory of Ornithology, qui avaient déjà passé les trois
derniers hivers sur le terrain dans le sud-est du pays,
viennent d'achever ce qui constitue certainement la dernière
recherche à grande échelle du Pic à bec d'ivoire.
Ron Rohrbaugh, directeur de l'Ivory-billed Woodpecker
Research Project, explique: "le laboratoire continuera de
constituer un hub pour les informations, les rapports et les
études sur le Pic à bec d'ivoire, et mettra en place une
base de données en ligne où le public pourra rentrer ses
observations. Mais à moins qu'une nouvelle preuve ne soit
trouvée, il est probable que nous n'organiserons plus de
recherches aussi complètes et systématiques que celles que
nous avions organisées au cours des cinq dernières années en
Arkansas".
L'équipe du Cornell Lab étudie actuellement les données
récoltées et publiera prochainement un rapport. Outre des
informations sur les habitats, l'équipe a également saisi
toutes les observations d'oiseaux dans
eBird, un
outil du Cornell Lab of Ornithology et de la National
Audubon Society qui catalogue et rapporte les données
rentrées par des observateurs du monde entier.
Ces recherches dans les mangroves et forêts du sud de la
Floride ont été initiées par les travaux de Martjan
Lammertink et de son collègue de l'U.S. Fish and Wildlife
Service qui ont rassemblé des données depuis 1890 sur le Pic
à bec d'ivoire. Le fait qu'une bonne partie de cette région
de la Floride soit presque impénétrable l'a rendue encore
plus attirante, mais cela a compliqué les recherches.
Lammertink ajoute: "nous savions que cela serait difficile.
Certains sites n'étaient accessibles que par aéroglisseur ou
par hélicoptère. La chaleur, l'humidité, les insectes, la
boue, les épines, les herbes coupantes, les serpents et les
moustiques étaient notre lot quotidien, ainsi que bien sûr
les alligators".
Heureusement, il n'y a pas eu de blessé dans l'équipe. Mais
malheureusement, aucun indice de présence du Pic à bec
d'ivoire n'a été trouvé. Les seuls éléments relevés, ce sont
les traces des grandes coupes forestières réalisées dans les
années 1930 et 1940 même dans les régions les plus reculées.
Lammertink ajoute: "nous avions espéré que certains sites
reculés présenteraient des habitats vraiment intacts, et que
quelques oiseaux auraient pu y survivre. Mais les résultats
de nos recherches semblent indiquer que même si certains
habitat semblent avoir encore un fort potentiel d'accueil
pour le Pic à bec d'ivoire, leur surface est insuffisante".
Rohrbaugh affirme qu'il y a toujours une possibilité qu'un
petit nombre d'oiseaux aient survécu et aient échappé aux
chercheurs.
Malgré le manque de preuves, il précise que ces recherches
ont tout de même étaient fructueuses: "au cours des années,
les équipes de recherche ont eu l'occasion de parler avec
les communautés locales de la conservation des oiseaux et
des retombées économiques du tourisme écologique. Il existe
une nouvelle prise de conscience de l'importance de la
protection des oiseaux et de leur rôle dans les
écosystèmes".
L'effort de recherche a aussi contribué à nouer de forts
partenariats scientifiques entre le Cornell Lab et les
agences locales et publiques.
Les mois à venir serviront à réfléchir, à analyser les
données et à prendre des décisions pour les prochaines
étapes. L'un des projets est la publication d'un livre avec
l'U.S. Fish and Wildlife Service et d'autres partenaires à
propos de la distribution historique du pic et sur son
habitat, ainsi que du statut actuel de cet habitat dans
chacun des états parcourus [...].