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Actualité!
2009-09-24
Qu'est-il advenu du virus du Nil?
C'est en 2000 que le virus du Nil occidental (VNO)
a été détecté pour la première fois au Canada dans des carcasses
de corneilles. En 2002, le virus était transmis aux êtres
humains et 18 des 414 cas d'infection se sont avérés mortels
(voir l'encadré). Les services de santé publique du pays ont
alors mis sur pied des programmes de surveillance et demandé à
la population d'acheminer les corneilles mortes à différents
centres d'analyse.
Antoinette Ludwig, chercheuse au Groupe de recherche en
épidémiologie des zoonoses et santé publique, a consacré son
doctorat en médecine vétérinaire à l'étude du VNO et de ses
effets sur les populations de corneilles du Québec.
Un creux en 2003
«Ce sont les corneilles qui font l'objet de surveillance parce
que ces oiseaux sont facilement repérables et qu'ils vivent à
proximité des zones habitées, explique Mme Ludwig. Plusieurs
autres espèces sont sensibles au VNO, parmi lesquelles les
corbeaux et les geais bleus – qui font partie de la même famille
de corvidés que les corneilles – ainsi que les quiscales, les
merles et les cardinaux.»
Son analyse des carcasses montre que les oiseaux âgés de plus de
3 ans (une corneille peut vivre jusqu'à 10 ans!) sont plus
vulnérables au VNO que les jeunes de l'année. Les oiseaux
infectés avaient également un poids plus léger que les autres,
mais il est impossible de savoir si la perte de poids est
survenue avant ou après l'infection. Corneilles de ville et
corneilles des champs ont par ailleurs affiché le même taux
d'infection.
En combinant les dénombrements d'oiseaux vivants effectués
chaque année par les ornithologues amateurs avec les données sur
leurs comportements migratoires selon les saisons et les
territoires ruraux et urbains, la chercheuse a pu élaborer un
modèle algorithmique prédictif de la dynamique des populations
de corneilles d'une année à l'autre et comparer ces valeurs avec
les résultats du programme de surveillance.
Le modèle met en relief des arrivées massives de corneilles en
zones rurales au printemps ainsi qu'en zones urbaines à
l'automne. Mais, en 2003, non seulement ces pointes saisonnières
ne se sont pas produites, mais le modèle fait plutôt état d'un
important creux hivernal dans les zones urbaines. «Il y a donc
eu une perturbation majeure au sein de la population de
corneilles en 2003, affirme Antoinette Ludwig. En 2004 et 2005,
les pics printaniers sont revenus, mais avec moins d'amplitude
qu'avant 2003.»
Effet de vaccination
Ce retour progressif aux courbes saisonnières normales ainsi que
le fait que les jeunes semblent mieux protégés lui font dire que
les corneilles se sont adaptées au virus. «Le VNO était réputé
mortel à cent pour cent pour les corneilles, mais ce n'est plus
le cas. On trouve maintenant des corneilles séropositives
vivantes, ce qui montre qu'elles ont été exposées au virus.»
Il se pourrait également, ajoute-t-elle, que ce soit le virus
qui se soit adapté, puisqu'un virus qui ne tue pas son hôte
parviendra à se propager davantage.
Le professeur Michel Bigras-Poulin, directeur de thèse
d'Antoinette Ludwig, penche pour sa part du côté de l'effet de
vaccination dû à l'exposition au virus. «En 2003, les corneilles
non infectées étaient nombreuses et constituaient de véritables
usines à virus qu'elles ont transmis aux insectes piqueurs,
souligne-t-il. Avec plus d'insectes contaminés, le risque de
transmission aux êtres humains était plus grand.»
Selon le professeur, le système immunitaire des oiseaux
parvenant maintenant à détruire le virus, la faune aviaire
fournit ainsi une protection contre la transmission aux êtres
humains. Cette transmission s'est toujours faite par la voie des
moustiques et l'on ne connait pas de transmission directe
d'oiseau à humain.
Même si aucun cas d'infection humaine n'a été rapporté cette
année au Québec, le VNO serait toujours présent dans notre
environnement, mais il serait moins menaçant qu'au moment de son
apparition en 2002. Michel Bigras-Poulin rappelle toutefois la
nécessité de se procurer un bon chasse-moustique et d'éviter les
zones propices à la reproduction des moustiques.
Tout sur le VNO
Le virus du Nil occidental a été détecté pour la première fois
en 1937, en Ouganda. Il a fait son entrée aux États-Unis en
1999, puis au Canada l'année suivante.
Aucune infection chez l'être humain n'a été rapportée au pays
avant 2002. De 2002 à 2003, le nombre de cas diagnostiqués en
clinique est passé de 414 à 1480; il a chuté à 36 l'année
d'après pour rebondir à près de 2400 en 2007, année où il a fait
12 victimes dans la population canadienne.
En aout 2009, le virus a franchi la barrière des Rocheuses,
alors qu'un premier cas d'infection locale a été confirmé en
Colombie-Britannique. Au Québec, la pire année semble avoir été
2002 avec 20 cas d'infection. Aucun cas n'a été signalé cette
année.
Les symptômes de l'infection au VNO ressemblent à ceux d'une
grippe avec fièvre et maux de tête. «Une personne atteinte sur
150 va souffrir d'une encéphalite qui peut être mortelle»,
précise Michel Bigras-Poulin. Il peut donc se produire des
infections qui ne seraient pas diagnostiquées.
Il n'existe actuellement aucun traitement ou médicament
particulier contre le virus du Nil occidental
Daniel Baril
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