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Actualité!
2009-10-01
Sur la trace des goélands des villes
Menacés d'extinction au début du siècle, les goélands sont
aujourd'hui si nombreux qu'ils représentent une véritable
nuisance publique pour certaines municipalités. Pour contrer
cette problématique, une équipe du Département des sciences
biologiques de l'UQAM débute cet automne un important projet de
recherche afin d'étudier en profondeur les allées et venues de
ces oiseaux mal aimés et souvent surnommés « les rats du ciel ».
Voleurs de déchets par excellence, les goélands ne sont guère
appréciés des citadins. Et pourtant, il fut un temps où leurs
plumes étaient des plus convoitées pour orner les chapeaux des
dames de la haute société. « Les parures de goéland étaient en
fait si populaires, que leur exploitation a presque mené
l'espèce à l'extinction », explique Jean-François Giroux,
professeur au Département des sciences biologiques de l'UQAM et
chercheur principal sur ce nouveau projet de recherche.
En 1916, un traité de protection des oiseaux migrateurs signé
entre le Canada et les États-Unis est venu changer la donne. En
effet, conjugué au laxisme de nos sociétés au chapitre de la
gestion des matières résiduelles, ce traité a permis aux
populations de goélands de survivre et même de croître à un
rythme exponentiel, tout spécialement entre le début des années
70 et le milieu des années 80. Aujourd'hui, plus de 80 000
couples de goélands à bec cerclé vivent aux alentours de
Montréal, principalement concentrés dans quatre sites de
nidification : l'île Deslauriers (près de Varennes), Contrecoeur,
l'ïle de la Couvée (près de St-Lambert) et Beauharnois.
« Aujourd'hui, la population s'est stabilisée grâce au
resserrement des pratiques de gestion des déchets, souligne
Jean-François Giroux. Même si certains croient que la population
de goélands augmente encore, ce n'est pas le cas. La population
est stable, ou peut-être même en légère décroissance.»
Des voisins indésirables
Malgré ces résultats encourageants, le chercheur confirme que
pour les résidents des municipalités avoisinantes des grandes
colonies de goélands, notamment Terrebonne et Repentigny, les
va-et-vient de ces milliers de voisins ailés peuvent facilement
devenir un irritant majeur. Surtout quand, au passage, ils
bombardent les quartiers résidentiels de leurs excréments. Les
citoyens s'inquiètent notamment de la toxicité de ces fientes,
puisque ces oiseaux sont porteurs de bactéries potentiellement
néfastes pour l'être humain. Heureusement, aucun cas
d'intoxication n'a été recensé jusqu'ici, mais la menace demeure
réelle.
Pour contrer cette présence envahissante, plusieurs solutions
ont régulièrement été mises à l'épreuve par les municipalités et
les gestionnaires des lieux d'enfouissement, comme l'effarouchage
des goélands avec des oiseaux de proie ou une sensibilisation
des citoyens à une meilleure disposition de leurs résidus. Mais
pour Jean-François Giroux, ces pratiques ne sont utiles que si
elles font partie d'un plan de gestion intégré, l'objectif
ultime du nouveau projet de recherche. Autrement, on risque de
déplacer le problème, ou même pire, de le disperser.
Une technologie de pointe pour suivre les goélands à la trace
« Pour développer un plan de gestion intégré, nous avons besoin
de connaissances scientifiques, explique le chercheur. Nous
devons notamment en savoir plus sur le mode de déplacement des
goélands. Nous savons que ce sont des oiseaux qui voyagent
beaucoup car ils peuvent facilement se déplacer sur plusieurs
dizaines de kilomètres par jour, pour se rendre à un des quatre
grands sites d'enfouissement, mais nous avons encore beaucoup de
choses à comprendre.»Pour y parvenir, Jean-François Giroux et
son équipe proposent de suivre les goélands à la trace. En
marquant des milliers d'oiseaux (2000 à 3000 par année) avec des
bagues de couleur permettant l'identification des individus et
en installant de minuscules GPS sur la queue de certains d'entre
eux, les chercheurs veulent étudier leurs trajets le plus
minutieusement possible. « Ce sera la première fois que des
oiseaux seront suivis d'aussi près, souligne-t-il fièrement.
Selon les réglages que nous choisissons, nous avons la
possibilité de connaître la position exacte d'un goéland à
chaque minute ou même à chaque seconde.» Le chercheur admet
toutefois que quelques problèmes techniques doivent encore être
solutionnés, car les appareil utilisés actuellement ne
permettent pas de recueillir les données en temps réel, ce qui
oblige les membres de l'équipe à capturer les goélands une
deuxième fois pour récupérer les données. D'ici peu, les GPS
seront munis d'un lien sans fil qui facilitera grandement le
travail des chercheurs.
Au cours de leurs premières expériences de suivi, menées cet
été, l'équipe de biologiste a d'ailleurs eu toute une surprise
en retrouvant un de leur goéland aussi loin que sur l'île du
Prince Édouard, à peine deux semaines après l'avoir identifié à
Montréal ! « Je n'aurais jamais pensé qu'ils allaient aussi
loin, explique Jean-François Giroux. Jusqu'à Québec,
peut-être... Mais l'île du Prince Édouard ! » Cette anecdote
illustre bien pour lui l'importance d'étudier en profondeur le
comportement du goéland.
Preuve que les autorités publiques prennent très au sérieux les
problèmes entrainés par la présence des goélands en milieu
urbain, l'équipe de recherche de Jean-François Giroux bénéficie
du soutien d'une importante subvention de recherche et
développement coopérative du CRNSG, d'un montant de 650 000 $
réparti sur trois ans. Ce projet de recherche est mené en
partenariat avec d'importants partenaires industriels (BFI Usine
de triage de Lachenaie, Waste Management Québec Inc.), privés (Chamard
et associés Inc., Services Environnementaux Faucon Inc., ICI
Environnement Inc.) et gouvernementaux (Service canadien de la
faune d'Environnement Canada). Ce projet peut également compter
sur l'appui de plusieurs municipalités dont les villes de
Terrebonne, Repentigny, Laval, Mascouche, Charlemagne,
St-Hippolyte, Ste-Sophie, Ste-Anne-des-Plaines et
St-Lin-des-Laurentides.
Marianne Boire, collaboration spéciale
UQAM, Sciences Express
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