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Actualité!
2009-12-03
Annie Morin, Le Soleil
Deux fois trop d'oies blanches
Les biologistes craignent d'avoir perdu le
contrôle de la population d'oies blanches. Environ 1,4 million
d'oiseaux ont migré cette année, un sommet inégalé qui dépasse
du double la volée idéale.
Cela fait plus de 10 ans que les scientifiques s'inquiètent de
la progression de la grande oie des neiges au Québec. Quand la
population tournait autour de 800 000 individus, ils insistaient
déjà sur l'importance de freiner sa croissance. La mise en place
de mesures de contrôle, allant de l'effarouchement à la chasse
printanière en passant par une augmentation de la limite des
prises quotidiennes, a eu des effets concrets, mais temporaires.
Après une légère baisse au début des années 2000, la population
s'est remise à croître. Il est même aisé de parler d'explosion.
Des conditions exceptionnelles enregistrées dans l'Arctique, au
printemps 2008 et encore en 2009, ont permis à davantage de
jeunes de survivre. De 947 000 l'an passé, le nombre estimé
d'oiseaux est donc passé à 1 428 000, un bond de plus de 40 %.
Rien à voir avec les 3000 à 4000 spécimens recensés en 1910,
alors qu'on craignait pour la survie de l'espèce.
Dommages possibles
Gilles Gauthier, professeur au département de biologie et au
Centre d'études nordiques de l'Université Laval, tempère un peu
ces chiffres impressionnants en précisant que la population a
peut-être été sous-évaluée l'an dernier ou surévaluée ce
printemps. Mais l'ordre de grandeur est bon : il y a deux fois
plus d'oies blanches que les scientifiques le souhaitent. «Il ne
faudrait pas que ça dépasse 700 000», précise M. Gauthier.
Car les grandes oies, aussi majestueuses soient-elles, sont
susceptibles de causer des dommages à l'environnement. Les
craintes sont vives pour l'écosystème de l'Arctique, où a lieu
la reproduction, mais aussi pour les marais du fleuve
Saint-Laurent, où les oies se nourrissent de scirpes, des hautes
herbes.
Les oiseaux font également des ravages dans les champs agricoles
quand ils sont en migration. La Financière agricole du Québec
compense à 80 % les dommages causés aux cultures. De 2005 à
2009, le nombre de réclamations est passé de 477 à 708 et le
montant des indemnités versées de 582 000 $ à plus de 1 million
$, une situation exceptionnelle qui s'était vue une seule fois,
en 2002.
«L'inquiétude, si on dépasse le million d'oies, c'est que la
population grossisse trop vite et qu'on se ramasse avec deux,
trois, voire quatre millions dans 10 ans. À 1,4 million, il y a
des bonnes chances qu'on les ait déjà échappées», indique M.
Gauthier.
«C'est sûr que plus on a d'oiseaux, plus c'est difficile à
contrôler», confirme Josée Lefebvre, biologiste au Service
canadien de la faune. Elle hésite cependant à dire que le point
de rupture est atteint, car il faut souvent du recul pour en
juger.
Mesures dépassées
Chose certaine, plusieurs mesures de contrôle ne donnent plus
les résultats escomptés. La chasse printanière, par exemple, est
beaucoup moins populaire et fructueuse qu'à ses débuts en 1999.
Les captures sont passées de 100 000, pour les meilleures
années, à 27 000, ce printemps.
L'effarouchement est aussi plus difficile à organiser, car les
oiseaux se sont adaptés. Ils restent moins longtemps à la même
place et se promènent en plus petits groupes.
Ils ont même modifié leurs routes, délaissant un peu
Cap-Tourmente, Baie-du-Febvre et le Bas-Saint-Laurent pour le
sud du Québec et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.
«C'est rendu difficile de les courir un peu partout», déplore
Michel Baril, biologiste pour la Fédération québécoise des
chasseurs et des pêcheurs, qui recense environ 35 000
sauvaginiers au Québec.
Agriculteurs inquiets
Les agriculteurs, eux, sont inquiets. Au
Saguenay-Lac-Saint-Jean, où les oies blanches font escale
depuis quelques années seulement, c'est le sujet de l'heure.
«Comme producteurs agricoles, on subit les conséquences. Les
oies ne se contentent plus de manger les restes, elles attaquent
les champs de foin et de céréales qui sont encore debout»,
déplore André Fortin, président de la branche locale de l'Union
des producteurs agricoles (UPA). L'organisation propose de
devancer la saison de chasse printanière, d'augmenter encore le
nombre de prises, voire le nombre de balles permises dans les
fusils, et même de ramasser les œufs en période de reproduction.
Ottawa amorce l'étude de ces options. Gilles Gauthier craint
toutefois qu'il n'y ait pas de recette miracle. «Même si on
réduit le troupeau, les oies vont continuer d'aller dans les
champs» parce qu'elles ont compris qu'il y avait là une bonne
source de nourriture facilement accessible.
Une solution américaine
Les scientifiques comptent maintenant sur l'instauration d'une
chasse printanière dans une demi-douzaine d'États du nord-est
des États-Unis pour stabiliser la population des grandes oies
des neiges. Nos voisins ont tardé à l'adopter, car il ne s'agit
pas d'une chasse traditionnelle là-bas.
Des groupes de conservation de la nature aux coffres bien garnis
ont aussi contesté la réglementation devant la justice pendant
plusieurs années.
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