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Actualité!
2010-01-15
UQAR INFO SCIENCE
Les oiseaux qui font leurs nids dans le Grand
Nord :
Pourquoi voyagent-ils si loin ?
On se demande depuis longtemps pourquoi certaines espèces
d’oiseaux parcourent au printemps des milliers de kilomètres
pour aller pondre leurs œufs dans les vastes paysages du Grand
Nord. Quels sont les avantages d’une telle stratégie, qui exige
une forte dépense d’énergie ? Pourquoi ces oiseaux migrent-ils
si loin, dans des régions aussi glaciales?
Une étudiante au doctorat en biologie de l’Université du Québec
à Rimouski et membre du Centre d’études nordiques, Laura
McKinnon, et son professeur de biologie, Joël Bêty, ont mis au
point une expérience scientifique inédite qui a permis de
résoudre une partie de ce mystère. Les résultats de leur
recherche viennent d’être publiés dans la très prestigieuse
revue Science (numéro du 15 janvier 2010).
L’expérience, coordonnée par ces chercheurs de la Chaire de
recherche du Canada en conservation des écosystèmes nordiques à
l’UQAR, consistait à déposer des œufs de caille dans des nids
artificiels, à différentes latitudes, en montant vers le Nord.
Ces nids ressemblent à des nids d’oiseaux de rivage, aussi
appelés limicoles. « Avec les nids artificiels, explique Joël
Bêty, nous pouvons comparer les risques de prédation à
différents endroits. Ils permettent d’éliminer les effets
confondants de certains autres facteurs pouvant influencer la
survie des nids naturels, comme le comportement des parents.
Notre question de départ était donc de savoir si des œufs,
placés en milieux naturels, avaient moins de chance d’être
trouvés par un prédateur lorsqu’ils étaient plus près du pôle
Nord. »
Plus facile à dire qu’à faire ! Dans le contexte de l’Année
polaire internationale (API, 2007-2008), et grâce à des
subventions obtenues à travers le réseau de centres d’excellence
Arctic Net ainsi que par le projet API Arctic WOLVES, les
chercheurs de l’UQAR ont pu mener à terme leur expérience, avec
toute la rigueur nécessaire. Ils ont pu compter sur la
collaboration de chercheurs et de techniciens en poste dans
différentes bases d’observation dans le Grand Nord.
Ainsi, des nids artificiels contenant chacun quatre œufs de
caille ont été déposés au début et à la fin de la période
d’incubation des limicoles, à chaque été pendant deux à quatre
ans, à sept sites d’étude distribués le long d’un gradient
Nord-Sud qui s’étend sur 3350 km. Les nids les plus au sud
étaient déposés sur une île de la Baie James (latitude 53 degrés
N) alors que les plus au nord se trouvaient à l’extrémité de
l’île d’Ellesmere (latitude 82 degrés N).
Au total, 1555 nids ont été préparés et suivis minutieusement.
Il s’agissait simplement de déposer les œufs dans une petite
cavité formée dans le sol, comme les oiseaux le font pour les
nids naturels. Et surtout, il fallait organiser un processus
d’observation quotidien de tous ces nids, pour pouvoir bien
estimer les taux de prédation à chacun des sites d’étude.
Après deux jours seulement, les œufs déposés dans plusieurs
dizaines de nids au sud de la Baie James étaient complètement
détruits. Les prédateurs (surtout des renards, corbeaux,
goélands et labbes) avaient fait leurs ravages. Par contre, très
au Nord, sur l’île d’Ellesmere, près de la base militaire
canadienne de Alert, près de 60% des nids étaient généralement
intacts après neuf jours. En fait, l’étude démontre que le
risque de mortalité dû à la prédation diminue de 3,6% à chaque
degré de latitude, en montant vers le Nord. Ainsi, un nid situé
à l’île d’Ellesmere court 65% moins de risques de se faire
détruire par un prédateur qu’un nid établi dans la Baie James.
Conclusion indéniable : les oiseaux de rivage qui font l’effort
de parcourir de grandes distances pour pondre leurs œufs dans le
Haut-Arctique ont davantage de chances de voir leurs jeunes
naître. « Notre recherche indique que la diminution des risques
de mortalité due à la prédation pourrait être le principal
bénéfice qui compense pour les nombreux coûts engendrés par une
migration vers le Grand Nord », explique le chercheur Bêty.
Une telle recherche permet de comprendre pourquoi certains
oiseaux parcourent de grandes distances pour se reproduire et
comment l’évolution, via la sélection naturelle, peut favoriser
ce comportement fascinant qu’est la migration vers l’Arctique.
Elle donne aussi des indications pertinentes pour mieux
comprendre la répartition des espèces et l’effet de la prédation
sur le fonctionnement de l’écosystème terrestre arctique. « Dans
un contexte de réchauffement de la planète, conclut Joël Bêty,
il sera important de documenter la progression des prédateurs
vers le Nord et les impacts de ces changements sur les oiseaux
qui trouvent actuellement refuge dans le Haut-Arctique. »
Dans un autre article paru dans la revue Science, des
spécialistes de l’écologie arctique soulignent d’ailleurs que «
cette étude réalisée à l’échelle continentale démontre que la
prédation est un mécanisme important qui influence la
biodiversité des milieux terrestres arctiques ».
Par son groupe de recherche BORÉAS, l’UQAR a développé dans les
dernières années une équipe qui s’intéresse fortement aux
environnements nordiques. Près d’une vingtaine de professeurs
(biologistes, géographes et chimistes), quatre chaires de
recherche et environ 80 étudiants de maîtrise et doctorat font
partie de BORÉAS.
D’où viennent les oiseaux de rivage?
Au printemps, plus de 25 espèces différentes d’oiseaux de rivage
(comme le Bécasseau à croupion blanc) volent sur de grandes
distances pour faire leurs nids dans le Grand Nord canadien.
D’où ces oiseaux arrivent-ils? « On pourrait penser qu’ils
proviennent tous d’Amérique du Nord, mais ce n’est pas le cas »,
affirme le biologiste Joël Bêty. La presque totalité fuient
notre hiver pour aller aussi loin que l’Amérique du Sud,
l’Afrique du Sud et même l’Océanie. Ils peuvent parcourir plus
de 15 000 kilomètres pour se rendre à leur site de reproduction
dans l’Arctique, au printemps. L’automne venu, ils retournent au
sud. Ces grands voyages leur demandent énormément d’énergie et
les exposent à plusieurs risques. »
Rédaction: Mario Bélanger (Retour à
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