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Actualité!
2010-02-11
Au fil des événements (Université Laval)
Sur les ailes du temps
Pour des raisons d'efficacité énergétique, les
oiseaux qui doivent parcourir de longues distances en milieu
ouvert ont intérêt à avoir des ailes allongées. De leur côté,
ceux qui vivent dans un habitat qui les force à manœuvrer serré
ou à se poser et décoller fréquemment gagnent à avoir des ailes
arrondies. Ainsi va la théorie. Mais que se passe-t-il lorsque
l'habitat change, comme ce fut le cas au cours du dernier siècle
dans le nord-est américain? Eh bien, il semble que les ailes
battent à l'unisson avec les principes de l'aérodynamique, si on
en juge par la démonstration que fait André Desrochers dans un
article qu'il vient de publier dans la version en ligne de la
revue scientifique Ecology.
Le professeur du Département des sciences du bois et de la forêt
et chercheur au Centre d'étude de la forêt s'est rendu au Musée
d'histoire naturelle du Canada à Ottawa et au Cornell Lab of
Ornithology à Ithaca dans l'État de New York pour y mesurer les
ailes de 851 spécimens d'oiseaux collectionnés entre 1900 et
2008. Le chercheur a pris soin de sélectionner 21 espèces
pouvant être clairement cataloguées comme typiques des forêts
matures ou des milieux ouverts, en zones boréale ou tempérée.
Au cours du 20e siècle, les habitats de ces deux zones ont connu
une évolution opposée: alors que la forêt boréale devenait plus
fragmentée en raison des coupes forestières, la forêt tempérée
regagnait partiellement le terrain perdu pendant la colonisation
du 19e siècle. «Comme la fragmentation de l'habitat favorise les
caractéristiques en lien avec une plus grande mobilité, on
devrait observer un allongement des ailes chez les espèces
associées aux forêts boréales matures tout comme chez celles des
milieux ouverts tempérés», avance le chercheur. De leur côté,
les espèces qui ont moins à se déplacer qu'auparavant pour
trouver l'habitat qui leur convient — les espèces typiques des
forêts tempérées matures et celles des milieux boréaux ouverts —
devraient avoir des ailes plus arrondies qu'il y a un siècle.
Les analyses du chercheur révèlent que pour 20 des 21 espèces,
la tendance dans le changement de forme des ailes concorde avec
les prédictions. Ce changement s'est avéré statistiquement
significatif chez 10 des espèces étudiées. À noter que la
longueur du bec de ces oiseaux est demeurée constante au fil des
ans, ce qui indique que les changements observés ne dépendent
pas d'une modification de la morphologie générale des oiseaux,
mais bien d'une évolution touchant spécifiquement leurs ailes.
Il ne faut pas sous-estimer l'importance de la forme des ailes
dans le bilan énergétique des oiseaux, dit le professeur
Desrochers. «La fragmentation de l'habitat peut forcer les
oiseaux à parcourir des centaines de kilomètres de plus chaque
année. Il s'agit d'une pression sélective significative sur la
forme des ailes.»
Cette étude livre également un message sur la capacité
d'adaptation des oiseaux. «On a parfois tendance à être
pessimistes et à présenter les oiseaux et les autres animaux
comme des victimes passives face aux perturbations de leur
environnement, constate le chercheur. De plus en plus d'études
prouvent plutôt que les espèces animales peuvent évoluer
rapidement lorsque des perturbations surviennent. Évidemment,
cette capacité d'adaptation a ses limites, mais elle peut quand
même atténuer les conséquences négatives associées à la perte
d'habitats ou au réchauffement climatique.»
Par Jean Hamann (Retour à
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